Ils ont traversé l’Atlantique avec nous, parfois sans raison apparente. Ils n’avaient rien demandé à personne mais les voilà à Montréal. Ils ne servent pas à grand chose, sont parfois indispensables. Ils sont les objets migrants de l’autre rive.
Objet n°6: la baleine

"La baleine bleue cherche de l’eau pour déboucher tous ses tuyaux", chantait Steve Waring lorsque j’étais enfant. Les miens, d’enfants, ont tous joué avec cette baleine aux grands yeux qui crache de l’eau pour de bon. Bientôt dix ans que les petites mains, à l’heure du bain, lui appuient sur le ventre pour la remplir et la vider.
Objet n°5: l’étiquette

C’est un vin de Bordeaux, appellation Premières Côtes. C’est un domaine familial exploité en fermage depuis quelques décennies. J’avais récupéré une poignée d’étiquettes qui remontent un peu. Le propriétaire : G.M. Wolff. Le vin n’est plus aujourd’hui tout à fait ce qu’il était. Avec ces étiquettes, j’ai emporté une parcelle de cette terre qui m’est chère.
Objet n°4: le tchitchou

Celui-là, il est indispensable. Il est évidemment accompagné d’une cocotte-minute qui a déjà quelques heures de route, un cadeau fait à ma blonde par sa marraine à l’âge où elle quitta le domicile familial. Autant dire que le tchitchou tout comme sa pesante et imposante extension ne pouvaient rester en France.
Objet n°3: le bout de bois sculpté

Pièce de bois sculptée par l’un de mes frères il y a bien des années, elle a servi de poignée de vitesse dans plusieurs voitures familiales. Le temps a épuisé le vernis et la crasse l’a remplacé à la surface du bois. Sans aucune utilité aujourd’hui, sa valeur sentimentale n’en demeure pas moins immense. Elle me rappelle que ma vie sera toujours et aussi de l’autre côté de l’océan.
Objet n°2: la serpillière

Il faut le faire: laisser en France des cargaisons de romans et de BD mais emporter une serpillière. Elle s’avère pourtant bien utile. C’est que je n’ai pas encore trouvé son équivalent de ce côté de l’océan. Ici, le "balai espagnol" est trendy. Mais moi, le manche sousmonté de dreadlocks qu’il faut essorer dans un seau, j’y arrive pas…
Objet n°1: le manche de casserole, sans sa casserole

C’est un héritage. La dernière pièce de la gamelle scout du grand-père. Il était perdu au milieu du tiroir à couverts Ikéa qui nous ont suivis jusqu’au Canada. Sans casserole au bout, évidemment, le manche de casserole ne sert plus à grand-chose. Dans sa nouvelle vie, il a donc été reconverti en décapsuleur de bière.



10 commentaires
Flux des commentaires pour cet article
novembre 27, 2010 à 1:33
Nouvelle rubrique en Traversant le Saint-Laurent: les objets de l’autre bord « En traversant le Saint-Laurent
[...] Objets de l’autre bord [...]
décembre 1, 2010 à 9:16
Loïc
Belles photos ! J’aime bien cette série…
décembre 1, 2010 à 10:43
simonet
J’adore ces chroniques… Tu apprendras que le balai espagnol s’appelle aussi une mope. Ne me demande pas pourquoi. De mon côté j’en suis devenue une adepte…
décembre 5, 2010 à 12:55
Daniel
L’objet n° 2 porte aussi le joli nom de "pièce à frotter" à Marseille…
décembre 5, 2010 à 5:41
remileroux
Exact. Et c’est celle-là même qui nous a suivis jusqu’à Montréal !
décembre 8, 2010 à 9:55
Lison
J’espère que tu as pensé au gant de toilette parce qu’ici il n’existe pas…la débarbouillette lui a volé sa job! Et on se demande pourquoi parce que franchement une débarbouillette c’est loin d’être pratique!
décembre 10, 2010 à 12:17
remileroux
C’est débarbouillette à toutes les sauces même !!!
décembre 23, 2010 à 5:17
dominique
j’adore, un vrai petit bijou; chez nous les bordeluches, nous gringonnons avec une gueille que nous rangeons ensuite dans la souillarde!!
mais il manque le son pour l’accent bordeluche
baisers à vous 5
avril 24, 2011 à 5:06
Michel
Tous ces petits trucs qui ont fait votre quotidien, qui ont fait notre quotidien. Il y a quelque chose de nostalgique et de beau à la fois. Quand l’expérience individuelle rejoint le collectif d’un point de vue culturel… Car oui nous sommes bien là dans du culturel…Merci Rémi. Continue ta série d’objets improbables, à l’occasion, je t’en apporte lors de mon prochain passage…. si si des serpillères sont indispensables pour votre lino/carrelage.
août 30, 2011 à 1:05
Olivier
Jolies photos, joli site, belle aventure Rémi. Au plaisir de lire tes chroniques et tes posts, depuis l’autre rive. (un ex-collègue du pays d’Aix)