Bienvenue en « Poudrerie », le royaume de la neige et du vent…

Nous avons donc essuyé notre première tempête de neige de l’hiver. Près de 30 cm en 24 heures. Nous y voilà donc. Un moment d’excitation certaine et de galère toute relative. « Pas si pire », comme disent les Québécois ? M’enfin…

Mardi 7 décembre, 7 heures du matin. Il neige dru depuis la veille, le thermomètre extérieur affiche un faiblard -4°, le vent souffle et balaye les monticules de poudreuse sur la terrasse côté ruelle et les marches de l’escalier qui ont failli tuer ma factrice n’attendent plus que ma pelle et moi. Cette première « bordée » hivernale, comme dit ma voisine, a fière allure.

A la radio, on ne cause pas des « chutes de neige » qui paralysent Montréal mais bien de la « tempête ». En direct du Rosny-sous-bois local, on signale que toute les entrées de la ville sont saturées et que les « congestions » vont probablement durer une bonne partie de la matinée. J’apprends également à cette occasion que Montréal compte pas moins de 6500 km de rues ! 6500 km à déneiger, donc… Mais les cols bleus sont à pied d’oeuvre, nous dit-on, et vont déblayer tout ça. A Radio-Can’, Julie Soleil résume la situation d’une équation imparable : neige + vent = poudrerie.

La rue Chabot et sa ruelle sont magnifiques dans leur apparat apparemment parti pour durer. Pas de cols bleus à l’horizon. Tout s’accélère. 7h10. J’ai réservé pour 7h30 une « Communauto » pour emmener ma fille chez sa gardienne. La « station » d’autopartage où je suis censé récupérer le véhicule se situe en temps normal à six-sept minutes à pied de la rue Chabot. Avec la neige qu’il est tombé et qui tombe toujours, j’ajoute un couple de minutes pour m’y rendre, plus un autre pour déneiger et racler la voiture. Je prévois de faire ce premier trajet sans ma fille et d’être de retour à la maison pour la récupérer avant le départ du reste du gang, sur les coups de 8h05 maximum.

Petit plus de l’affaire: le temps de faire le trajet entre le parking Communauto et la maison et l’habitacle de la Toyota Yaris sera suffisamment réchauffé pour faire fondre les stalactites accrochés sur le siège-auto de bébé.

Un scénario tiré au cordeau, tricoté serré, comme ils disent ici, pour m’éviter de donner une fois encore l’impression d’être un Français de pacotille, le fameux Français qui s’en vient passer son premier hiver au Québec.

Bon …. Evidemment …. rien ne s’est vraiment passé comme prévu  …..

>>>> La suite >>>>

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La faute à ce satané parc de stationnement recouvert d’une épaisseur de neige vertigineuse, totalement vierge et immaculée. Visiblement, le parking du centre du Père Marquette – c’est son nom – ne fait pas partie des axes prioritaires des cols bleus.

Le vent a soufflé la neige de telle sorte qu’on aperçoit par endroit le haut des chassies des voitures. Quelle chance ! Pour le reste. C’est blanc sur blanc. Face à l’ampleur du chantier qui m’attend, je prends vite conscience que mon minutage déjà serré risque d’être proprement intenable.

Pour commencer, il faut accéder à la clé de la voiture enfermée dans un petit coffre généralement scellé sur un poteau d’éclairage public. C’est comme ça pour chaque station Communauto.

Ci-contre, le petit coffre en question dans son milieu naturel.

Une fois récupérée la clé avec son numéro, l’étape suivante consiste à trouver quelle est la bonne voiture ! Car les numéros attribués à chacun des six véhicules stationnés sont, forcément, recouverts de neige. Gelée. Gratte, gratte, gratte les coffres arrières pour finir par trouver enfin le n°1751.

Mais pendant ce temps-là, le chrono tourne. 7h42. Je lance le moteur histoire de et m’attaque au déneigement. Une pelle destinée à cet effet se situe dans le coffre arrière du véhicule. Aucune hôtesse néanmoins pour m’expliquer les consignes d’usage. Après une dizaine de pelletés énergiques qui, j’en ai conscience, n’auront aucun effet, je grimpe dans le véhicule non sans avoir raclé pare-brise et vitres latérales au préalable et je tente ma chance. 7h54.

La voiture recule de deux mètres dans le sillon que j’ai grossièrement tracé avant de stopper net, bloquée dans le tas de neige qui s’est formé sous la carrosserie. J’avance et je recule à nouveau, déterminé. Même cause, même effet.

7h58. Je coupe le moteur, ferme la porte à clé et repars en maugréant en direction de la maison. Ma fille assistera donc à mon calvaire.

Les belles risées de poudreuse…

8h20. Nous revoilà, elle et moi cette fois, face à la Toyota Yaris. Moi, en nage par l’aller-retour supplémentaire que je viens d’encaisser. Elle les joues toutes rouges mais plutôt amusée par un spectacle dont la beauté m’a échappé il y a déjà un bon moment.

Je constate qu’en mon absence une voiture a disparu. « C’est-tu don’ possible ! », m’exclame-je intérieurement. Remotivé par cette nouvelle et par les traces que le véhicule a creusées depuis son emplacement jusqu’à la sortie du parc de stationnement, je reprends donc espoir. J’installe ma fille dans le siège-auto, je remets le contact et donc le chauffage histoire qu’elle ne gèle pas dedans pendant que je m’active dehors. Je replace les capuchons de mes mitaines et reprends mon opération, moins pressé par le temps. Même si ma réservation se termine à 9 heures, je dois pouvoir y arriver.

Je pellette – si, si – tout en jetant de temps en temps un coup d’oeil dans l’habitacle. Je m’arrête quand ma fille commence à grimacer sérieusement et reprend place derrière le volant. J’enfonce la pédale de l’accélérateur un bon coup et la voiture part en marche arrière. En dérapant mais en reculant. Les ornières tracées par la n°2453 ne sont pas loin mais ma voiture se plante juste avant de les rejoindre. Les pneus neige Pirelli tout neufs zippent sur la neige, ça finit même par sentir le caoutchouc.

Pour essayer de débloquer la situation et, donc, la voiture, j’entrouvre légèrement la portière et plante ma botte dans la neige tout en maintenant le pied sur l’accélérateur. Plus je pousse, plus j’ai chaud et plus j’ai chaud, plus la différence de température entre mon corps et l’air ambiant est propice à la formation de buée. Buée qui recouvre bientôt toutes les vitres de la voiture. Je n’ai pas d’autre choix que de baisser le carreau côté conducteur. Ce qui a pour effet immédiat de faire entrer une belle risée de poudreuse dans la voiture.

Avant, arrière, avant, arrière. Je baisse le carreau côté passager cette fois-ci, pour faire courant d’air. Cela ne change rien et le haillon arrière reste irrémédiablement opaque. Surtout, ne pas paniquer. En me retournant, je croise le regard de ma fille, deux grandes billes bleues dans lesquelles je lis consternation et incompréhension. Mais qu’est-ce que tu fous, papa ?

J’y retourne, vexé. Une botte dans la neige, l’autre sur la pédale. Je triture le volant à droite, à gauche. Je sens que l’adhérence n’est pas si loin. La voiture est maintenant dans l’axe de la sortie du parking. Je ressors une dernière fois pour dégager les pneus avant afin qu’ils mordent sur le bitume assurément, j’époussette ma fille recouverte d’une fine pellicule de neige, je remonte les carreaux de mon char et je fonce. La voiture zigzague, hésite, râle mais finit par obéir. J’ajuste ma trajectoire sur la rampe de lancement matérialisée par mon prédécesseur, je pousse les gaz à fond et… ça passe.

8h31. Nous sommes libres. La journée va enfin pouvoir commencer…

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10 Comments

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  1. Rémi, STP, ne nous laisse pas moisir, on a hâte de connaître la suite, de savoir si Zoé n’a pas attrapé la crève dans son siège-auto gelé, si tu as pu (su) conduire dans la tempête….
    Juste pour info, ce matin grand soleil, le thermomètre nous annonce un simple… +20°…. non, je n’exagère rien, j’ai cependant la flemme de descendre prendre une photo!

  2. La suite ! c’est palpitant ton récit ! courage, ici ciel bleu, la température était élevée hier, j’ai même rangé mon manteau… ça rebaisse aujourd’hui….

  3. Non c’est pas normal de nous laisser ainsi en plan… nous sommes tous là, suant sous la chaleur méditerranéenne à attendre un peu d’air frais…. vite Rémi, la suite…. quoi’à bien y réfléchir je préfère venir l’entendre à vos côté… A tout’..

  4. et pense à ces pauvres parisiens, 8 cm de neige et des rues inclinées, panique à bord, envoyés spéciaux, antenne en direct, le bordel généralisé… aucun esprit trappeur, pour ton prochain voyage en char pense à deux choses: soit des chaines soit le petit pot de gravillons que tu glisses au fur et a mesure sous le pneu pour qu’il adhère, conseil de bas alpin.
    bonne chance pour cette fin de semaine.

    EF

    • Merci Eric ! On attend 20 cm supplémentaires dimanche… Je note pour le petit pot de gravillons. Indispensable !

    • lembo Marie-josé décembre 23, 2010 — 5:05

      Rémi, j’ai bien rigolé à la lecture de tes mésaventures. Pourtant, l’Hebdo disait que l’autopartage, c’était l’avenir.
      Bises et bonne fin d’année. Marie-josé

      • Hello Marie-Jo, je te rassure le reste du temps, le système est plutôt efficace. Il faut juste éviter les lendemains de tempête de neige, comme on me l’a gentiment suggéré après coup. Bises et bon bout d’an !

  5. Un fan de plus !! La suite, la suite !!

  6. Tant d’efforts… Nous, on se serait pas autant fatigués et on l’aurait emmené faire de la luge. Nous sommes admiratifs !

  7. J’étais crampée du début à la fin! haha!

    Conseil d’une abonnée Communauto : ne jamais prendre un char le lendemain d’une tempête. :) Ou en prendre un qui dort dans un garage, tel l’emplacement du stationnement métro Jean-Talon, dans la tour des p’tits vieux.

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