Montréal presque on ice et l’expérience du grand froid made in Canada*

Il a fait froid cette fin de semaine à Montréal et au Québec. Il fait encore plus froid aujourd’hui, lundi 24 janvier. -25° à 7 heures du matin. Les yeux sont désormais la seule partie du corps autorisée à s’exposer à ce délicieux supplice. Pour le reste de notre fragile anatomie de méditerranéens en espadrilles, l’équipement d’hiver décrit précédemment sur ce blog est tout à fait à la hauteur de la situation. Même pas mal !

L’expérience du grand froid dans sa version québécoise est tout de même grisante. Jusqu’où la température doit-elle descendre pour qu’il devienne insupportable de sortir pour aller bosser ? Cesser de faire des glissades avec les gamins ? Abandonner l’idée de manger chaque jour du pain frais (c’est un euphémisme) ? Multiplier les réservations de Communauto ?

D’un point de vue physiologique, que se passe-t-il lorsqu’il fait -25° et que l’on sort légèrement sous-couvert ? Pas grand chose en réalité. D’insignifiants désagréments. Les joues craquellent, les lèvres se fissurent, les oreilles brûlent, les cuisses piquent, les doigts de pied se solidifient et cassent si on les tord (mais pourquoi les tordrait-on ?), le nez coule sans même qu’on s’en rende compte et, à peine le temps de le dire que les mains perdent leur fonction de pince, ceci pour une durée variant selon le temps d’exposition au froid.

Il m’a suffi d’un aller-retour à l’école des enfants sur les coups de 8 heures pour prendre la mesure des potentialités du froid glacial sur mon organisme mal protégé. Malgré une percée du soleil à mi-chemin – l’école est à 500 mètres de la maison-, la mécanique a commencé à se gripper et j’ai senti la morsure du grand froid.

Depuis que le thermomètre a franchi la barre symbolique des -20°, mais surtout depuis qu’il récidive !, je repense souvent à l’histoire de ce Marseillais féru de courses longues distances qui avait décidé de participer au marathon des glaces, en Antarctique. Une épreuve où les participants enchaînent un marathon et, trois jours plus tard, une course de 100 km. Easy. Tout Marseillais qu’il était, le gars ne pouvait évidemment pas s’entraîner dans les conditions du direct, si l’on peut dire. Il avait donc trouvé la solution pour remédier à cette contrainte climatique en installant un tapis de course de fitness dans un entrepôt frigorifique !

Pendant une poignée de secondes l’autre matin, en courant pour attraper mon bus (par -20°), je me suis pris pour cet athlète des icebergs… On se sent paradoxalement bel et bien vivant quand il fait si froid.

En parlant icebergs justement, le Saint-Laurent a pris lui aussi un coup de froid ces derniers jours et on a vu apparaître de bons gros glaçons sur le fleuve, qui passent à allure modérée et s’éloignent en direction de l’océan (même si ce n’est pas exactement la porte à côté). Dimanche, des canards pas vraiment poules mouillées slalomaient paisiblement entre les morceaux de glace…

La lumière, quelle lumière !

Il y a aussi cette lumière absolument incroyable, crue, aussi froide que la température. Et comme la température, elle est tout sauf superficielle. Elle génère un autre type de relief, cisèle les formes, les détache sur le bleu du ciel, pour mieux en dessiner les contours. Moi qui ne comprends pas grand chose à la mécanique d’un objectif d’appareil photo, j’ai du mal à savoir ce qu’il faudrait faire pour dompter cette lumière et en maîtriser les contrastes. Comme si ma position par rapport au soleil importait peu et que je me retrouvais chaque fois à contre-jour.

Le Saint-Laurent, janvier 2011.

Un point de vue que j’aime beaucoup:

Le Saint-Laurent et le pont Jacques-Cartier, janvier 2011.

-25°. Parfois, je pense à une ville où il fait, disons, 15° en ce moment même, des villes comme il y en existe finalement des milliers à travers le monde, et je constate que l’écart de température entre Montréal et cette même ville est de… 40° ! Une comparaison qui ne sert absolument à rien, même pas à se réchauffer.

Sinon c’est cool le Québec…

* Titre non homologué par la ligue des fervents francophones

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2 Comments

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  1. Apotheloz brigitte janvier 25, 2011 — 1:12

    -10° ici… et il n’y a plus d’eau dans la maison le matin… si on oublie de laisser un petit filet d’eau couler dans un seau dans la douche. Il nous reste encore bien sûr la marmite d’eau à faire bouillir sur le feu !…
    Ici ? C’est juste sur la plus haute colline de Gardanne côté nord où la neige qui tombe ne fond pas !…
    On a le petit Québec qu’on peut !
    Bises
    Brigitte

  2. Merci encore une fois de nous faire partager tes expériences avec un brin d’humour… glacial! Je crois que je préfère encore « mon » Châteauneuf ensoleillé, avec un petit 2° le matin au lever, quelques 12° vers midi, et cette lumière azuréenne incroyable….

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