Mourir dans la dignité: le débat sur la fin de vie passionne les Québécois

Depuis plusieurs mois, les Québécois sont sollicités par le gouvernement provincial pour participer aux débats sur la question « de mourir dans la dignité ». Une commission parlementaire spéciale auditionne depuis le début de la semaine les personnes et organismes qui ont présenté un mémoire ou une demande d’intervention sur le sujet.

Les députés québécois ont reçu plus de 200 mémoires, une soixantaine de demandes d’intervention et plus de 3500 réponses au questionnaire en ligne sur la problématique de l’accompagnement en fin de vie. « Il s’agit de l’une des consultations générales ayant suscité le plus d’intérêt si l’on tient compte qu’une bonne consultation reçoit généralement une cinquantaine de mémoires », a-t-on précisé du côté de l’Assemblée nationale du Québec.

D’une point de vue légal, « le Code criminel canadien prévoit que l’euthanasie et le suicide assisté sont des actes criminels », rappelait Le Devoir au moment du lancement des consultations au printemps dernier. Mais la marge de manoeuvre existe – ce sont notamment les provinces qui assurent l’application du droit criminel -, si bien que les Québécois ont saisit l’opportunité pour porter le débat dans la sphère publique. « La fin de vie n’est pas qu’une affaire légale, c’est aussi une question de santé et de dignité », estimait la vice-présidente de la Commission, Véronique Hivon.

En France, quoi après la loi « Léonetti » ?

Une volonté de poser le débat, d’entendre les citoyens et organismes compétentes avant, si besoin, de légiférer… que n’a-t-on pas fait cela en France ? La loi dite « Léonetti » d’avril 2005 relative aux droits des malades et à la fin de vie n’a toujours pas été revue, malgré les nombreux appels de la société civile ou du corps médical, souvent entendus après des histoires retentissantes.

La loi « Léonetti » tend à instaurer un droit au « laisser mourir », une forme d’euthanasie passive qui, selon les partisans d’une forme « active » d’accompagnement, ne va pas assez loin. Petit rappel de la législation française (via Wikipédia)

« En France, l’euthanasie est assimilé à d’un assassinat ou d’un empoisonnement prémédité punissable théoriquement de la réclusion criminelle à perpétuité. Si la loi réprime formellement l’euthanasie et le suicide assisté, entre 1998 et 2005 les textes règlementaires et législatifs ont cependant élargi les possibilités de cessation de l’acharnement thérapeutique et étendu les droits du malade « à une fin digne » ; et dans la pratique judiciaire, la plupart des affaires ressortissant à ces questions donnent le plus souvent lieu, depuis le début de la décennie 2000, à des non-lieux ou à des peines symboliques.

« Dans le cas d’une personne n’étant pas gravement malade, la simple connaissance du projet suicidaire sans porter secours peut justifier des poursuites pour « abstention délictueuse de porter secours à personne en danger ».

Le débat semble toujours aussi sensible en France et le dernier projet de loi – présenté par le socialiste Manuel Valls – a été prestement enterré par les députés français l’an dernier.

« Un débat de société qui donne tout son sens à notre fonction d’élu »

Au Québec, la parole est donc aux citoyens. Les députés ont insisté depuis quelques mois sur l’importance pour eux d’entendre l’opinion publique sur ces questions: euthanasie, aide médicale au suicide, soins palliatifs … et saluent depuis la sérénité des débats.

C’est bon d’entendre des parlementaires, en l’occurrence Geoffrey Kelley et Véronique Hivon, respectivement président et vice-présidente de la Commission, s’exprimer de la sorte :

« Nous sommes confiants. Le climat de respect et de sérénité qui s’est dégagé de manière exceptionnelle lors de la première étape des travaux de la Commission se prolongera lors des auditions publiques (…)

« Nous sommes heureux de permettre la tenue de ce débat de société qui donne tout son sens et toute sa grandeur à notre fonction ».

La religion ? Les groupes de pression ?

En même temps, comme dans n’importe quel pays, de tels enjeux ne vont pas sans provoquer des débats et réveiller certaines oppositions, parfois radicales. Comment pourrait-il en être autrement ? Au cours de tels échanges, quelle place occupe la religion (les religions) au Canada ? Les groupes de pression, les lobbies?

Quel poids dans le débat peut avoir un mouvement comme Campagne Québec-Vie par exemple, proche des conservateurs, qui s’est réjoui du rejet par le parlement canadien du projet de loi C-384 qui visait à réformer le code criminel en faveur de l’euthanasie ? Les valeurs défendues par Campagne Québec-Vie sont celles de « la loi naturelle et de Dieu inscrite dans les cœurs des hommes ».

Plus troublante est cette prise de position de la chroniqueuse du quotidien La Presse, Lysiane Gagnon, qui s’étonne de ce que 71% des Québécois se prononcent en faveur de l’euthanasie (un pourcentage qu’elle traduit par « l’apparente légèreté de la population face à ces enjeux très graves ») :

« Incroyable qu’à propos d’une question aussi délicate et complexe – une question où interviennent les valeurs morales les plus profondes -, il se trouve autant de gens en faveur d’une solution aussi radicale. On sait bien que le Québec a jeté la religion à la poubelle, mais enfin, est-ce qu’il ne devrait pas en rester un petit vestige ? Quelque chose comme le respect de la vie ? »

En même temps, à lire les propos de Stephen Fletcher, député de Charleswood-St. James-Assiniboia – il s’est abstenu au moment du vote du projet de loi C-384 présenté par la députée du Bloc Québécois Francine Lalonde -, on se dit que les divergences de vue peuvent être, malgré tout, constructives.

Pour Stephen Fletcher, lourdement handicapé après un accident, « le projet de loi C-384, qui légaliserait l’euthanasie et le suicide assisté au Canada, est un point de départ provocateur d’une discussion sur les choix entourant la fin de la vie ».

« Oui, le projet de loi donnerait aux malades en phase terminale plus de liberté pour mettre un terme à leur propre vie avec dignité. Mais il peut aussi empirer le malheur des personnes gravement blessées et malades en libérant les Canadiens de la pression de relever le défi plus important de fournir le niveau de soutien requis pour que la vie soit le premier choix. »

Doit-on pour autant opposer soins palliatifs et aide médicale au suicide ? La parole est aux Québécois…

La Commission s’arrêtera dans 7 autres villes du Québec dans les prochaines semaines et le public est invité à assister aux auditions. À l’issue des travaux, les 15 députés déposeront un rapport avec certaines recommandations.

►Le site de l’Assemblée nationale du Québec
►Le site de Campagne Québec-Vie
►Le site du Devoir sur ces questions
La chronique dans La Presse

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