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Rémi Leroux / Objets  / Paisible comme un ponton amarré sur un lac canadien

Paisible comme un ponton amarré sur un lac canadien

Un ponton sans rien au bout, ça donne un peu le vertige. Comme un virage en épingle à cheveux sur une petite route de montagne. C’est la peur du vide. Un ponton sans rien au bout, cela me fait penser immanquablement à la pub pour le parfum Fahrenheit de Dior.

La fameuse pub filmée par Ridley Scott où l’on voit un homme marcher sur un ponton, un long ponton, en direction de la mer. Il brave soleil, pluie et tempête. Le tout sur une musique de Pat Metheny et Lyle Mays et une voix suave qui lâche des « fifty five » et des « three ». Alors qu’il est censé arriver au bord de l’océan, à force de marcher, le voilà ti pas qui se retrouve face au désert de sable qu’il cherchait à fuir… Et là, clap de fin. Abyssal.

Pour le plaisir d’ailleurs, en cliquant sur la capture d’écran ci-dessous, on doit pouvoir revoir l’objet du délit:

Eh bien, sur un lac canadien, un ponton, c’est bien moins angoissant que dans une pub de Ridley Scott. Celui qui nous a servi de terrain de jeu au cours du dernier week-end était même tout le contraire: accueillant et habité, pour ainsi dire.

Pour planter le décor: une barque et un pédalo font un brin de trempette, à peu près correctement amarrés à la passerelle qui doit mesurer environ quatre-vingts pieds de long. Deux chaises en bois, reliées par une tablette elle aussi en bois, y sont installées à demeure sur la plateforme qui termine le ponton. Tournées vers le lac, chauffées par un soleil de fin d’été-début d’automne, les chaises n’ont rien, mais alors rien à voir avec le « wild pontoon » de Fahrenheit, hostile et inquiétant. Si le type de la pub avait eu des fauteuils comme ceux-là, il n’aurait jamais cherché à fuir son destin. Il se serait probablement contenté de profiter d’un moment de repos bien mérité (la pub n’aurait pas été aussi marquante, pour le coup…)

Il fait bon vivre sur ce ponton qui s’avance sur les eaux calmes du bien nommé lac Beaulac. Dès six heures du matin, on peut y observer la brume qui s’étire à la surface de l’eau. Elle enveloppe les rochers qui affleurent puis s’évapore en regagnant le rivage. De petits nénuphars se déplacent au gré du faible courant ou du vent, comme ces reflets de nuages qui passent en courant avant de rejoindre la forêt. C’est apaisant et c’est aussi, un peu, l’idée que je me faisais du Canada.

En même temps, c’est la quasi-certitude de faire des photos pas trop vilaines…

Rebelote:

Et dix de der:

Enfin, partout autour du lac, nous avons pu constater (au cours d’une escapade sportive en pédalo) que les riverains partageaient ce goût prononcé pour les pontons hospitaliers. Certains n’ont pas hésité à dresser table et chaises pour y dîner les soirs d’été. Le ponton-à-manger.

Je me demande ce que toutes ces excroissances de bois peuvent rendre vues du ciel.

Un brin moins poétique, finalement…

Comments: 6
  • Bonnard 21 septembre 2010 22 h 02

    Farhenheit, c’est mon parfum. Encore un signe du destin !

  • Apotheloz 22 septembre 2010 8 h 31

    Merci pour ce délicieux moment de dépaysement. Décidemment le Canada me gagne de plus en plus. Le ponton à manger me paraît une idée à développer dans ma nouvelle maison. Brigitte Apothéloz

  • hospital 22 septembre 2010 17 h 57

    pour la dernière photo, moi ça m’évoque une patte d’ours…brun? un brin moins poétique..? pas forcément.
    émilie

  • Visitez ce site Web 17 mars 2014 14 h 55

    Je suis plutôt d’accord, c’est pas mal dit

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