Mes canaux déférents tirent leur révérence

Ni une, ni deux, me voilà vasectomisé (attention, spoiler).

La démarche qui mène à la vasectomie aura pris, dans mon cas, beaucoup de temps. C’est rien de le dire. J’ai tergiversé pendant de longs mois, repassant le film de ma vie fertile en CinemaScope, l’idée de ne plus pouvoir procréer m’apparaissant tantôt comme évidente, considérant la réalité de ma vie actuelle, tantôt comme insupportable. Chaque fois que je faisais un pas dans la bonne direction, j’étais rattrapé par ma petite condition d’être humain qui ressent un envahissant  besoin de se reproduire pour mieux supporter l’idée qu’il va un jour disparaître. Une perspective très égoïste en somme, que le fait même d’avoir des enfants ne permettait pas toujours de relativiser. J’avais comme un doute.

Et puis le doute s’est évanoui. La vasectomie comme choix de contraception définitive est une option qui, lorsqu’on vit en couple, supporte mal l’égoïsme. La discussion s’est faite à deux, parce que, dans mon cas, il ne pouvait pas en être autrement (pour dire ici que je connais des hommes qui ont fait le choix de la vasectomie sans nécessairement être en couple, mais simplement parce qu’ils n’envisageaient pas avoir d’enfant).

En faisant mes petites recherches sur internet, j’avais découvert que le Québec est l’un des endroits au monde où la vasectomie est la plus populaire. Chaque année, pas moins de 13 000 hommes optent pour ce mode de contraception définitive. À l’automne 2014, le Dr Labrecque, un spécialiste, avait été interrogé par plusieurs médias québécois à l’occasion de la journée mondiale de la vasectomie. Il déplorait en particulier le fait que dans plusieurs pays à travers le monde, la contraception soit encore une affaire de femmes. Et de citer l’exemple de l’Inde, où les 150 000 vasectomies annuelles pèsent peu au regard des 4 millions de ligatures des trompes.

Selon lui:

« ll n’y a aucun tabou sur la vasectomie au Québec. Je vous dirais que c’est une maturité de notre population de partage des tâches, du partage de la contraception. Je vois souvent des hommes arriver et dire : ma femme a eu deux accouchements, c’est à mon tour de faire ma part.»

Si je partage en partie sa vision des choses, je dois également dire que je connais, dans mon entourage, plusieurs hommes qui sont vasectomisés et pour qui cette option coulait de source, si je puis dire.

La vasectomie est une histoire de couilles et les hommes n’aiment pas, en règle générale, qu’on menace leurs couilles. Assumer la contraception du couple, en tant qu’homme, n’est sans doute pas une mince affaire. Mais si on remise cet egotrip, tout aussi couillu que l’on soit, force est de reconnaître qu’en matière de contraception les femmes en assument encore bien plus que nous. Il est donc ici question de rééquilibrage. En fait d’égalité.

Le bleu ou le rouge

Quelques jours avant l’intervention, j’ai vécu un truc bizarre, un moment fugace mais pourtant bien réel: j’ai transposé  les gestes du médecin dans un film d’action où le personnage principal s’apprête à couper l’un des fils qui doit permettre de stopper le dispositif relié à la bombe conçue par le méchant et destinée à rayer de la carte la ville de New York. Perles de sueur qu’il essuie d’un revers de la main. Pince coupante qui cliquète entre ses doigts fébriles. Quel fil doit-il sectionner? Le bleu ou le rouge? Qu’adviendra-t-il s’il se trompe? Ne vous plantez pas, doc. Pas envie d’exploser en plein vol… Je me suis rassuré en examinant de près une « coupe sagittale du petit bassin de l’homme » (version Encyclopédie Larousse) et en constatant que le doc n’avait pas vraiment la possibilité de me faire exploser en se trompant de canal.

Y’a rien là, Sigmund?

Et pourtant. L’intervention est une partie de rigolade, surtout si l’on pense aux risques que peut représenter la ligature des trompes, chirurgie bien plus lourde. Le jour J, il a fallu moins d’une heure pour régler l’affaire. Du moment où je suis entré dans la clinique à celui où j’ai quitté la salle de repos. Entre temps, une fois mon scrotum dans les vapes, le doc a fait son travail tout en continuant à jaser, de ma job, de la sienne. En dix, quinze minutes, il a réglé leur sort à mes canaux déférents. Clic, clac, on referme le chapitre reproduction, on oublie l’odeur du latex (enfin, pas pour quelques mois encore) et on s’apprête à folâtrer.

Pfuu… même pas mal…

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4 Comments

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  1. Bravo Rémi, je crois que ça s’appelle avoir des c…, c’est drôle quand même les expressions

  2. Une clinique à recommander ? Comment avez-vous fait le choix du chirurgien ?
    C’est vrai que ce n’est pas une décision facile…
    Merci à vous !!

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